ICANN 2015 à Singapour : Hospice Arouna, Développeur Système à Isocel Telecom, raconte.

Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, ICANN, (en français, la Société pour l’attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet) est une autorité californienne de régulation de l’Internet. Cette société à but non lucratif a pour principale mission d’administrer les ressources numériques d’Internet, tels que l’adressage IP et les noms de domaines de premier niveau (TLD), et de coordonner les acteurs techniques.

Chaque année l’ICANN organise 3 grandes rencontres. Les participants sont sélectionnés sur la base de leur aptitude à remplir des programmes de sélection en ligne. Cette année notre collègue Hospice Arouna, Développeur Système au Département Système et Réseaux de Isocel Telecom, a été retenu et a participé au 52ème rassemblement de l’institution à Singapour. De retour, Hospice Arouna raconte à l’équipe d’ISOnews, une expérience extraordinaire et  très enrichissante.

ISOnews : Comment as-tu découvert l’ICANN ?

Hospice Arouna : Jai découvert l’ICANN dans le cadre de mon travail, lors des processus de vérifications/corrections des données que j’accomplie en tant que gestionnaire de certains domaines chez Isocel Telecom. Mais ce n’est qu’en participant à des activités telles que l’Internet Society à Cotonou en 2011, les séminaires d’Afrinic et d’Afnog à Djibouti et l’atelier sur la gestion des conflits relatifs aux noms de domaines à Cotonou en 2014 que j’ai vraiment compris le rôle capital de l’ICANN.

Avec les nouveaux noms de domaine, le rôle de régulateur de l’ICANN est devenu de plus en plus important car les problèmes de collisions de noms et de droits d’auteurs sont devenus de plus en plus nombreux.

ISOnews : Quel était l’enjeu de ta participation ?

H.A. : Internet est par nature dispersé. C’est un réseau a-centré et aussi banal que les tuyaux qui acheminent l’eau. L’intelligence est en périphérie. Si on coupe Internet en deux, on obtient deux Internet qui fonctionnent indépendamment l’un de l’autre et sans lien entre eux; contrairement au réseau téléphonique qui se veut intelligent. Vous faites tomber l’infrastructure centrale d’un opérateur, et tout son réseau tombe. Dans le réseau téléphonique tout est cloisonné et les décisions sont prises lors des réunions de l’IUT par les états. Avec Internet, où n’importe qui peut dire n’importe quoi n’importe où sur n’importe quoi, la régulation d’un tel type de réseau a du être inventée.

Ma participation avait pour objectif de comprendre certains sujets:

– Les acteurs importants d’Internet

– L’écosystème d’Internet

– La modèle de gestion d’Internet

– La gestion des conflits (dû à la règle du premier venu, premier servi)

– Le modèle structurel entre l’ICANN et l’IANA (Internet Assigned Numbers Authority) surtout dans son rôle de supervision des actions de l’IANA, après le retrait de l’Etat américain.

ISOnews : 3- Etait-il facile de participer aux tests de sélection ?

H.A. : Le programme du fellowship [https://www.ICANN.org/resources/pages/fellowships-2012-02-25-en] présente toutes les conditions nécessaires pour y participer. Tout se fait actuellement en anglais [https://www.ICANN.org/resources/pages/terms-conditions-2012-02-25-en]. Une fois qu’on est en accord avec les conditions, il faut attendre les périodes d’appels à candidature. L’ICANN organise trois rencontres par an. Il y a donc trois sessions d’appels à candidature.

Comme pour tout appel à candidature, il faut remplir un certain nombre de conditions dont la plus importante est qu’il faut être un administrateur.Une fois la candidature posée sur la plateforme dédiée, un comité de sélection   [https://www.ICANN.org/resources/pages/committee-2012-02-25-en], étudie les dossiers.Un mail vous confirme votre sélection. Le seul test reste la participation active aux activités de la communauté locale d’Internet.

ISOnews : Quelles sont les étapes qui t’ont marqué à Singapour ?

H.A. : En tant que fellow (membre), on avait un programme qui s’étalait sur tous les jours de la conférence. Tous les présidents des groupes de travail de la communauté ICANN nous avaient présentés leur groupe et surtout le besoin pressant de notre implication dans leur groupe de travail.

Le badge  « Fellow »  ouvrait toutes les portes et j’ai eu la chance d’entrer en contact avec des personnalités de la communauté Internet. La communauté montrait un grand intérêt pour les nouveaux arrivants, surtout ceux des pays émergents.J’ai également pu discuter avec Mr. Fadi Schéhadé, Président en exercice de l’ICANN, qui nous avait motivé à participer à la communauté ICANN. Pendant la conférence de l’ICANN, la Chine préparait sa nouvelle année. Une activité culturelle a été organisée pour l’événement, nous avons pu faire écrire nos noms en chinois !

 ISOnews : Qu’est ce que cela t’a apporté sur le plan professionnel ?

H.A. : Cette expérience m’a permis de trouver des réponses aux cinq questions que je me posais.

La réponse au premier sujet est des plus surprenantes: il n’y a pas d’acteur plus important, du point de vue de l’Internet, que l’utilisateur final, car en fin de compte, l’intelligence du réseau se trouve dans son PC, laptop, tablette ou Smartphone. Et tous les services disponibles lui sont dédiés. Ainsi, participer à la gestion d’Internet ne relève pas seulement de la technologie. De nos jours les problèmes sur Internet sont de moins en moins techniques et deviennent de plus en plus politiques.

Ensuite, il y a plusieurs acteurs sur Internet et il faut remarquer:

– que les acteurs sont divers et non limités

– qu’ils ont des intérêts très divergents et souvent opposés

– qu’il y a des chevauchements d’activités

– même si une section est réservée à l’utilisateur final, toutes les autres sections sont bien gérées par des personnes, même sous le couvert d’organisations.

L’essentiel de l’expérience de fellow s’est basé sur le modèle de gestion d’Internet. ICANN est un organisme international à but non lucratif de droit américain dont le rôle est la gestion des identificateurs uniques sur Internet. En termes d’identificateurs, nous avons:

– Les noms de domaines

– Les adresses IP et les numéros d’AS(Autonomous System)

– Les numéros de ports utilisés par les protocoles

ICANN est plus connu pour sa gestion des noms de domaine, surtout avec la possibilité actuelle de créer n’importe quel domaine de premier niveau et la possibilité d’avoir un même domaine dans diverses langues grâce à l’IDN (Internationalized Domain Name).

Aussi, la gestion des conflits est un sujet d’actualité au niveau de la communauté ICANN. Des conflits techniques tels que la collision de noms ont déjà trouvé une solution. Le gros du problème est d’ordre politique. Sur quelle base amazon.com appartient à une société américaine et non à la province de l’Amazonie ? La loi du premier venu, premier servi est souvent appliquée dans l’achat des noms de domaine. Ce qui pose un certain nombre de problèmes:

– Comment identifier le propriétaire légitime

– Si le domaine a été piraté, qui en est responsable

– Si le domaine héberge un site qui à priori fait l’apologie d’un certain courant de pensée, jugé non acceptable, que faut-il faire ?

– Si un domaine du Brésil diffuse un match du championnat Espagnol, est-ce légal. Ce qu’il faut ajouter, c’est qu’il est tout à fait légal de diffuser un match au Brésil mais pas en Espagne

– Le pouvoir des gouvernements par rapport à la diversité d’Internet

Enfin, le dernier sujet est d’actualité. Le gouvernement américain à travers le ministère du commerce à un rôle de supervision des actions de l’IANA. Ce même gouvernement a annoncé officiellement son désir de confier ce rôle à la communauté ICANN. Cette communauté doit alors proposer un modèle de supervision des actions de l’IANA. La communauté s’est rendue compte que ce nouveau modèle remet en cause l’ancien modèle budgétaire de l’ICANN. D’où actuellement, nous avons deux groupes dont le premier travaille sur la proposition de l’ICANN pour remplacer le rôle de supervision du gouvernement américain; et le deuxième sur le nouveau modèle budgétaire de l’ICANN face à cette nouvelle organisation.

ISOnews : Quel est le rôle d’Isocel dans cette aventure ?

H.A. : Isocel Telecom m’a permis d’avoir des responsabilités et de comprendre comment Internet fonctionne techniquement. Cette connaissance de base a été primordiale pour appréhender les problèmes politiques d’actualité dans la communauté ICANN. Aussi, je remercie Isocel qui m’a permis d’assister à cette conférence et d’œuvrer par ces projets à l’évolution des télécommunications au Bénin

ISOnews : Quelle sera la suite ?

H.A. : L’ICANN est à l’image d’Internet, très vaste et très diversifié. C’est pourquoi la communauté active d’ICANN composée en majorité d’ancien fellow, a prévu qu’une personne qui devient fellow le soit à vie et devienne membre de la grande famille ICANN et puisse postuler trois fois au programme.

J’ai encore la possibilité de participer en tant que fellow à deux autres rencontres. D’ailleurs, notre promotion a vivement été encouragée à postuler pour les conférences à venir.  En attendant, des actions concrètes sont espérées localement.Cela commence par des cours d’introduction à la gestion d’Internet dans deux universités. Cette action à pour objectif d’encourager plus de jeunes à s’impliquer dans la gestion d’Internet, car après tout, ils seront directement impactés par les décisions prises par la communauté.

L’ICANN est aussi en train d’institutionnaliser le rôle de mentor. J’ai eu la chance rare d’en avoir eu deux pour mon expérience à l’ICANN 52. Je suis aussi très intéressé par ce programme qui consiste essentiellement à servir de guide aux nouveaux venus dans cette grande famille que constituent les « Fellow Alumni » et la communauté ICANN.